Les ateliers du hameau

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L’arrivée

En redescendant de Paris vers le sud de la France (article à venir), en plein mois de novembre, aux alentours de Montluçon nous voyons sur Facebook un événement organisé par « Les ateliers du hameau » ayant lieu dans quelques jours et proche de l’endroit où nous sommes.

Cet événement est une invitation à partager un repas avec de nombreuses personnes en lien avec l’auto-construction et l’éco-responsabilité, et cela nous intéresse grandement. Nous appelons donc pour nous inscrire à l’événement.

En arrivant sur place deux jours plus tard, nous trouvons un homme sur le toit de sa maison. Nous descendons du van mais une atmosphère étrange s’installe : nous pensions être attendu pour l’événement, mais cela n’a pas l’air d’être le cas. L’homme sur la maison quant à lui a l’air de se demander ce qu’on fait là. Après quelques longues secondes d’incompréhension et quelques échanges nous réalisons que l’événement était en réalité la semaine d’après

La jolie maison ossature bois de Nico et Lulu !

Heureusement, Nico (l’homme sur le toit) et Lulu, sa femme, nous invitent quand même à rentrer et c’est ainsi que nous faisons la rencontre du jeune couple. Nous resterons la soirée et toute la journée du lendemain chez eux, où nous confectionnerons ensemble un porte gobelet en bois pour notre van !

Dans les différents points que nous aborderons dans cet article, nous ferons le lien vers différentes vidéos que l’on peut trouver sur leur chaine youtube. Mais vous pourrez aussi les retrouver sur Facebook ou Instagram !

Leur histoire

Nico a un parcours assez atypique. Après des études portant sur la musique il devient par la suite professeur de cirque puis créateur de vidéo indépendant pour des groupes de musique. Il rencontre Lulu qui a fait les beaux arts et peint de magnifiques toiles et ensemble ils auront un petit garçon.

Après avoir retapé une maison entièrement et avec la venue de leur enfant, Nico décide d’arrêter le montage vidéo et se consacre alors entièrement à construire leur propre maison sur un terrain qu’ils achètent dans la campagne proche de Montluçon. Pendant un an et demi et pratiquement tous les jours de l’année il travaillera ainsi d’arrache pied sur le chantier.

On peut voir dans certaines pièces de superbes œuvres de Lulu directement sur les murs, la classe !

Outre le fait que cette histoire est assez atypique pour en parler, Nico et Lulu ont pensé leur nouvelle maison selon une philosophie d »‘éco-responsabilité ». Nous avons trouvé leur approche vraiment intéressante et bien aboutie ce qui nous a donné envie de vous partager leur expérience dans la suite de cet article.

Un circuit d’eau étonnant

Pour être autosuffisant en eau, ils ont choisi de réaliser un système de récupération et traitement de l’eau de pluie. Avec la toiture de leur maison d’environ 100m² et celle de l’atelier de Nico adjacent, l’eau de pluie est collectée puis redirigée via des gouttières vers un réservoir
souple de 5000 litres à l’extérieur de la maison.

Le réservoir d’eau souple de 5000L se trouve à l’extérieur, il reçoit l’eau de pluie qui s’écoule sur le toit.

Lorsqu’ils ont besoin d’eau pour la douche, la cuisine, le linge ou tout simplement pour boire, une pompe s’active et envoie ainsi l’eau à travers deux filtres et un stérilisateur UV ce qui la rend potable.

L’eau passe dans le tube que l’on voit accroché au mur et qui ressemble un peu à un néon, qui grâce à un système d’UVs rend l’eau potable

Ils ont d’ailleurs envoyé un échantillon de leur eau à un organisme pour vérifier que leur eau est bien potable en sortie du purificateur, et les résultats sont très bons ! Leur eau est même meilleure que certaines eaux de ville qui peuvent parfois s’avérer limite concernant les normes de potabilité en vigueur. Ils continuent cependant par mesure de précaution de faire passer l’eau du robinet dans une carafe Berkey, surtout pour leur petit. Le principe de cette carafe est de filtrer et traiter n’importe quelle eau grâce à un ensemble de filtres que l’eau traverse par gravité.

D’après leur retour, ils ont largement assez d’eau pour leurs besoins ! Et même durant cet été particulièrement sec, une petite pluie suffisait à remplir entièrement leur réservoir. La vidéo suivante détaille plus en profondeur leur retour d’expérience sur leur système.

Pour finir, dans l’optique d’économiser l’eau et de se rapprocher de leurs convictions écologiques, ils ont choisi de mettre en place des toilettes qui ne nécessitent ni eau ni copeaux de bois !

Des toilettes pas comme les autres

Photos Toilettes
Les toilettes ont pourtant l’air d’être normales ! Mais .. où est la chasse d’eau ?!

Etant déjà adeptes des toilettes sèches, cela leur demandait tout de même un peu d’entretien. En effet, il faut gérer son stock de copeaux de bois, mais aussi vider les toilettes dans un composteur assez régulièrement.

Ils se sont donc tournés vers une autre approche : le lombricompostage. Une sorte de découverte et d’exploration pour eux dont ils n’avaient trouvés sur internet que très peu de retours d’expériences, mais leur pari s’est avéré payant. Voyons un peu plus en détail comment ils ont réussi à mettre en place ces toilettes.

La maison étant construite sur pilotis, cela leur a permis de mettre facilement en place un gros réservoir sous l’emplacement des toilettes.
Dans les toilettes un conduit peint en noir redirige le tout vers celui-ci.
Dans ce réservoir des vers de fumier ont été implantés et ont la particularité de se nourrir des matières fécales, et de les transformer progressivement en terreau tout en réduisant considérablement le volume de ces déchets. D’ailleurs ce ne sont plus réellement des déchets puisqu’ils peuvent, au bout d’un certain temps et en respectant un temps supplémentaire dans un composteur, servir de compost pour leur jardin potager.

Photo réservoir toilettes
Sous les toilettes, à l’extérieur de la maison est placé un grand réservoir noir étanche où les vers peuvent faire leur travail tranquillement !

Niveau odeurs, un dispositif d’aspiration est en place pour rediriger les éventuelles odeurs vers l’extérieur, derrière la maison où ça ne dérange personne.

Ensuite, pour ne pas avoir la vue réjouissante du réservoir depuis les toilettes, tout le conduit a été peint en noir et même la lumière des toilettes n’a pas été laissée au hasard : elle est orientée vers le plafond pour ne pas éclairer l’intérieur du réservoir.

Enfin, niveau entretien, cela s’avère bien moins chronophage que pour des toilettes sèches. Aucun besoin d’ajout de copeaux de bois, il faut juste prendre soin de bien séparer les matières transformées par les vers (sorte de terre) des matières encore « fraîches » une fois par mois seulement à l’aide d’une espèce de râteau avec un grand manche. Ensuite une fois par an, il faudra vider le réservoir et le mettre dans un composteur, qui sera l’ultime processus de transformation avant de pouvoir verser le contenu dans leur jardin potager en guise de compost.

La vidéo suivante présente leur toilette à lombricompostage en images !

Un jardin bientôt auto-suffisant ?

Etant tous deux végétaliens, ils sont très attentifs à leur alimentation et tendent au maximum à consommer bio mais aussi local. Leur potager leur permet également de produire leurs propres fruits et légumes et ainsi réduire considérablement la distance entre leurs culture et l’assiette. C’est le fruit de plusieurs années de travail et bien qu’ils n’aient pas encore atteint le niveau de l’auto-suffisance, cela demeure un de leurs objectifs.

Pour leur production de fruits et légumes, au fil des années, ils ont procédé à une sélection des espèces. Quesako ? Prenons par exemple les tomates. Partis d’une belle tomate bio achetée sur un marché, les graines ont été replantées et ont donné un nouveau pied de tomate. Puis sur celui-ci, la meilleur tomate de la saison a été sélectionnée pour semer ses gaines la saison d’après, et ainsi de suite. De cette façon, le patrimoine génétique de la tomate évolue et s’adapte mieux au milieu naturel dans lequel elle est habituée a pousser, ce qui la rend plus tenace face aux sécheresses et aux besoins en eau (plus besoin de les arroser !).

Enfin leur méthode de plantation s’inscrit dans le mouvement de la permaculture. Ils ne labourent par exemple pas la terre mais placent des buttes pas dessus pour ne pas perturber les couches de terre qui se sont formées naturellement sur plusieurs années.

C’est avec ces cadres qu’ils font leur potager. Cela permet de mieux compartimenter les différents emplacements de culture.

Une énergie basée sur le renouvelable

Pour l’électricité, ils ont réfléchi à un système solaire ou éolien, mais ils pensent qu’il est préférable de privilégier une gestion collective plutôt qu’individuelle de la production et la distribution d’énergie renouvelable. En effet les panneaux solaires et les éoliennes sont conçus avec des matériaux rares et il est difficile de bien optimiser son installation pour récupérer le maximum d’énergie possible.

Ainsi pour eux, il est préférable de passer par un revendeur d’électricité « verte » plutôt que de produire eux-même leur électricité. Ils ont donc bien choisi leur fournisseur, qui leur assure de mettre dans le réseau la même quantité d’électricité qu’ils consomment, et ce à partir de sources renouvelables. La note à la fin du mois est certes un peu plus élevée, mais la différente reste assez faible (quelques euros) et c’est une sorte d’investissement pour développer ce genre d’alternatives. Pour aller plus loin sur ce sujet, voilà une liste des fournisseur d’électricité « verte » donné par GreenPeace.

L’étude de Greenpeace détaille pour chaque fournisseur leurs engagements et fondements, ainsi que la manière dont ils s’investissent dans les énergies renouvelables le nucléaire et le rejet de CO2.

Pour l’eau chaude cependant, ils réfléchissent à installer un système de réchauffement d’eau solaire, qui pourrait être une bonne alternative.

Enfin pour ce qui du chauffage, ils se chauffent principalement au bois grâce à un gros poêle dans leur salon et une circulation de l’air entre chaque pièce bien pensée.

Ils ont pu récupérer ce superbe poêle à bois qui chauffe merveilleusement bien toute la maison !

En route vers le zéro déchet

Petit à petit, ils essaient de consommer intelligemment pour réduire le plastique des emballages, et réutiliser les conteneurs. Par exemple, on retiendra leur machine pour faire des boissons à partir de graines comme par exemple des graines de soja, et une yaourtière pour faire des yaourts à partir de ces boissons !

Ils essaient également de faire leur savon eux mêmes. Ils ont d’ailleurs réalisé une vidéo en collaboration avec « Caroline & Cie » qui détaille les étapes pour en fabriquer.

De plus ils utilisent des brosses à dents en bambou, fabriquées en Asie comme la plupart des brosses à dent en plastique car ils n’en ont pas trouvé de fabrication française. Cependant elles sont recyclables entièrement ce qui n’est absolument pas le cas des brosses à dents « standards ».

Enfin, le meilleur allié pour atteindre le but du zéro déchet reste le potager qui leur fournit une bonne partie de leurs fruits et légumes.

Ils détaillent tout ça dans la vidéo suivante très intéressante !

Un terrain d’accueil

Pour finir, ils aimeraient davantage développer leur terrain dans l’idée d’en faire un terrain d’accueil, de rencontres et de partage. Ainsi comme ils l’ont fait avec nous, ils aimeraient pouvoir aider des gens à créer des meubles ou accessoires grâce à leur grand atelier, à faire des formations sur la peinture, le travail du bois mais pourquoi pas également sur des sujets d’éco-responsabilité.

Leur atelier où on a pu confectionner notre porte brosse à dent avec l’aide de Nico

Même si le projet n’est pas encore en place, ils ont de nombreuses idées pour rendre leur terrain plus propice à un accueil et vous serez dans tous les cas les bienvenue aux ateliers du hameau !

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